Entre Paris et son installation à Genève, elle occupe différents postes, notamment à l’UNESCO. Une période de transition qui exige de s’adapter rapidement, d’apprendre de nouveaux codes et de recréer un sentiment de communauté.
Quand Anne-Shelton est arrivée à Genève, elle a senti quelque chose se stabiliser. « Pour la première fois, je me suis sentie chez moi », dit-elle. « Je pouvais être internationale sans me sentir étrangère. » Elle s’implique rapidement au cœur de la vie culturelle genevoise. En 2011, jeune mère, elle rejoint le MAMCO à un moment charnière de son histoire. Entièrement financé par des fonds privés, l’avenir du musée est alors incertain. « Pendant douze ans, j’ai assisté à toutes les réunions », se souvient-elle. « C’était une question de persévérance — essayer encore et encore. »
Le MAMCO devient sa porte d’entrée dans la communauté culturelle genevoise. À l’aise dans les dynamiques orientées vers les solutions, elle est rapidement sollicitée pour développer le Cercle, une association créée pour lever des fonds et mobiliser les membres autour des acquisitions du musée. En structurant de nouvelles catégories d’adhésion, elle contribue à rendre l’initiative à la fois singulière et pérenne, portée par un véritable effort collectif.
Ces années façonnent sa conviction que les institutions culturelles se construisent lentement, collectivement et par un engagement à long terme. La même philosophie guide son rapport à l’art. « Je crois profondément au fait de rassembler les gens », dit-elle. « Créer des occasions pour que des personnes curieuses se rencontrent. »
Avec le recul, elle décrit son parcours comme le fait de « monter dans le train quand il passe ». Plutôt que de suivre un plan rigide, elle accepte les opportunités au fil de leur apparition, même sans se sentir pleinement prête. Dire oui, puis apprendre sur le tas — un processus qui, selon elle, ressemble beaucoup à l’expérience de s’installer dans un nouveau pays : on arrive, on observe, on s’adapte et, avec le temps, on trouve sa place.
Cette même ouverture façonne sa manière d’aborder l’art et la collection. Ses conseils aux collectionneurs sont d’une franchise désarmante : « Entrez dans les galeries. Posez des questions. Montrez un intérêt sincère. » L’expertise, insiste-t-elle, est optionnelle. La curiosité, non. Elle se montre tout aussi lucide sur le contexte actuel pour les artistes et les galeries. Sa réponse n’est pas l’urgence, mais la présence — créer des moments, des conversations et des connexions en dehors des circuits habituels.
Pour Anne-Shelton, l’art n’est pas une question d’accumulation, mais d’orientation — une façon de comprendre le monde et sa place en son sein. À Genève, cela se traduit par la patience plutôt que la visibilité, et la continuité plutôt que le bruit.
Interrogée sur ce qu’elle recommanderait à quelqu’un qui arrive dans la ville, elle rit. « Il y a plus de choses à faire ici que je n’en ferai jamais. » Son conseil est simple : soyez curieux.
« Lisez. Sortez. Asseyez-vous quelque part, prenez un café, soyez attentif. Tout est là. »
Traduit de l’anglais.